Étude du document : la société d’ordres à la veille de la Révolution française

Correction de l’étude de document. Les connaissances qui composent cette étude de document sont à connaître. Sans elles, l’histoire de la Révolution française n’est pas compréhensible.

Document datant de 1789*

Description du document

Toute la scène représentée se trouve au premier plan.

Un homme a le dos penché vers l’avant. Son visage marqué par la vieillesse est penché vers le sol, sa bouche semble faire une grimace. Avec sa main droite, il tient un outil agricole, une faux, qui sert normalement à couper/faucher les herbes dans un champ, et dont il se sert ici pour supporter le poids sur son dos. Il porte une chemise blanche simple et un pantalon court (appelé « culotte » au 18e siècle, l’ancêtre du pantalon).

De la poche de son pantalon court, sortent des feuilles sur lesquelles sont inscrits par exemple « tailles » et « corvées ».

Sur le dos de ce personnage, deux hommes sont assis l’un derrière l’autre. A l’avant, se tient un homme, en léger surpoids, le visage tourné vers le spectateur. Il porte un habit qui semble assez luxueux. Surtout, autour de son cou, on distingue nettement une croix, le signe de l’appartenance à l’Église catholique.

Derrière cet homme d’Église, se tient un autre homme richement vêtu, avec un chapeau noir orné de plumes et un large col formé de plis (appelé « collerette » au 18e siècle). A sa taille, il porte une épée, sur laquelle on aperçoit écrit : « rougie de sang ». Cet homme tient l’homme d’Église par la taille.

Autour d’eux, au pied de l’homme courbé, on peut voir quelques animaux.

Une phrase, écrite en langage familier, sert de titre à ce dessin : « Ah ! Faut espérer que ce jeu-là finira bientôt ! ».

Analyse du document

L’auteur du document critique les inégalités sociales dans la société du 18e siècle, juste avant la Révolution française. Au 18e siècle, la population est divisée en trois catégories, trois ordres : on parle de la société d’ordres. Les deux premiers ordres, le clergé et la noblesse, cumulent richesses et privilèges.

*L’homme d’Église représente le premier ordre : le clergé. Tous les hommes de l’Église catholique appartiennent au clergé : abbés/prêtres, évêques, moines… Les membres de l’Église ne paient pas d’impôts dans le royaume de France, mais ils prélèvent notamment des taxes sur les populations qui habitent sur les terres qu’ils possèdent.

*L’homme plus richement habillé est lui membre de la noblesse, deuxième ordre la société. La noblesse est l’ensemble des Français qui possèdent des terres sur lesquelles des paysans travaillent. Ils portent des titres de noblesse : duc/duchesse, comte/comtesse, baron/baronne, marquis/marquise… Ils ont le droit de porter des épées, même s’ils ne participent pas tous à la guerre. Sur la caricature, on imagine mal ce noble faire la guerre : la mention « rougie par le sang » inscrite sur son épée est donc plutôt ironique et moqueuse. Majoritairement, les nobles vivent dans leur château (ils peuvent en avoir plusieurs) ou auprès du roi (qui lui-même est évidemment un noble, comme tous ses proches). Comme les membres du clergé, les nobles ne paient pas d’impôts, mais en font payer aux paysans qui travaillent sur leurs terres.

*L’homme courbé, qui soutient le poids des deux personnages sur son dos, représente la catégorie la plus défavorisée de la population du royaume de France : il est membre du tiers état. Cet ordre est celui supporte les impôts (tailles, corvées…). Majoritairement, les Français appartenant à cette catégorie sont paysans.

« Ah ! Faut espérer que ce jeu-là finira bientôt ! » Ici, l’auteur du document met dans la bouche du paysan une phrase qui semble prévenir les nobles et le clergé : la manière dont ils traitent le tiers état, en les faisant travailler, en leur faisant payer des impôts, en les exploitant, ne peut pas continuer ainsi. En effet, les hommes d’Église et les nobles, qui sont les plus riches du royaume de France, ne paient pas d’impôts, alors qu’ils ne représentent que 2% de la population… Les membres du tiers état, qui représentent donc 98% de la population, sont le plus souvent pauvres, mais ce sont eux qui paient les impôts. L’auteur semble appeler de ses vœux un changement, un nouveau partage des richesses, la fin des privilèges, peut-être une révolution.